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Catastrophe Lubrizol : un laboratoire rend un rapport d’analyses indépendant

Le directeur de l'Ires a décidé de mener des analyses de son propre chef après l'incendie de Lubrizol à Rouen. Il a rendu ses conclusions aux autorités.

L’Institut de recherche et d’expertise scientifique (Ires), laboratoire basé à Strasbourg spécialisé dans la qualité de l’air intérieur, a mené des analyses indépendantes sur huit prélèvements de surface réalisés à Rouen après l’incendie survenu sur le site classé Seveso de l’usine Lubrizol.

Une initiative née de la démarche spontanée de Vincent Peynet, directeur de la structure, qui souhaitait apporter « une autre vision » en tentant de débusquer « des substances qui n’étaient pas recherchées par les autorités ». Un rapport d’analyse a été remis fin novembre 2019 avec ses conclusions à la Ville et à l’agence régionale de santé (ARS) afin de compléter le travail déjà effectué par les services de l’État.

« Quantitatives et non qualitatives »

« Personne n’a payé pour ces analyses, on les a réalisées avec la bonne volonté locale », souligne Vincent Peynet, qui pour l’instant n’a pas encore reçu de retour de ses destinataires. Une certaine méfiance envers le discours des autorités, né de l’épisode de la contamination au plomb après l’incendie de Notre-Dame de Paris, l’a poussé à se lancer :

En regardant la liste des produits stockés chez Lubrizol, et étant donné la quantité de produits chimiques, je me suis aperçu que beaucoup de substances se trouvaient non prises en compte dans les recherches. Quand j’ai entendu le préfet dire que tout allait bien après l’incendie, j’ai eu la crainte qu’une situation similaire à Notre-Dame se produise. Je souhaitais apporter un complément d’information.

Il a donc analysé huit lingettes remises par une personne basée à Rouen. « Il n’y avait aucun cadre réglementaire. C’est quelqu’un qui a essuyé les poussières noires qu’il a trouvées. » Les prélèvements ont été effectués à trois endroits : quai de Lesseps à Rouen, rue de la Haie à Bois-Guillaume et rue des Voutes à Mont-Saint-Aignan.

« Je ne suis pas toxicologue, prévient Vincent Peynet. Ces analyses sont quantitatives et non qualitatives. Il faudrait avoir une idée de la dose à laquelle sont exposées les personnes, mais les prélèvements par lingettes, réalisés sur 0,1m², ne permettent pas de comparer les résultats avec une valeur sanitaire de référence. » Difficile en effet, selon lui, de préjuger à partir d’une si petite surface. « Deux prélèvements réalisés l’un à côté de l’autre peuvent donner des résultats totalement différents. »

Des analyses dans les bâtiments préconisés

« Sans grande surprise », le laboratoire a trouvé des hydrocarbures lourds et des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), comme le pyrène, le phénanthènre et le fluoranthène présents dans tous les échantillons. Du benzo(a)pyrène, cancérigène avéré pour l’homme, a également été trouvé dans trois échantillons prélevés à deux endroits différents.

« Du fait de la très faible solubilité dans l’eau, la pollution par ces hydrocarbures et par les HAP devrait être persistante », indique le rapport. Vincent Peynet préconise de réaliser des analyses de l’intérieur des bâtiments de la zone impactée par la catastrophe pour détecter les hydrocarbures lourds et les HAP :

La pollution de l’environnement extérieur va se déporter vers l’intérieur des bâtiments, transportée par les semelles de chaussures ou par les poussières, dispersées par le vent, sur lesquelles elle s’est déposée. Il faudrait utiliser les données recueillies pour évaluer les quantités auxquelles sont exposées les occupants par rapport à des seuils sanitaires de référence.

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